Au-delà des mots

Zoé Lorenzini

DOI: https://doi.org/10.57161/r2026-02-00

Revue Suisse de Pédagogie Spécialisée, Vol. 16, 02/2026

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Polyhandicap et communication… Par où commencer face à de si vastes sujets ? Revenons aux mots et aux sens qu’ils véhiculent, qu’ils communiquent, à ce qu’ils permettent de dire ou non. En français, le terme « polyhandicap » désigne l’association d’importantes déficiences intellectuelles et motrices accompagnées de troubles sensoriels, ceci causé par une atteinte cérébrale à un âge précoce. Il condense ainsi une multitude de réalités, de parcours et de situations en un seul mot. Cette concision échappe à d’autres langues, par exemple l’anglais utilise le terme de Profound Intellectual and Multiple Disabilities (PIMD) et l’allemand de Schwer- und Mehrfachbehinderung. Ces formules à rallonge renvoient pourtant à des réalités éducatives, cliniques ou sociales comparables à celles comprises dans le terme français. Notons donc que la taille du terme utilisé en français ne reflète pas directement la complexité de ce qu’il désigne. Ce détour par la terminologie n’est pas un choix hasardeux. Il sert à rappeler la nature fondamentalement arbitraire des mots et du langage. Certes, ils remplissent une fonction essentielle dans la communication, mais ne sont pas à eux seuls porteurs de tout son sens. La communication existe au-delà des mots et du langage verbal. Voilà le noyau de ce dossier : à quoi ressemble la communication lorsque le langage verbal est absent, limité ou inaccessible ?

Dans les années 1950, Paul Watzlawick, accompagné d’autres chercheuses et chercheurs, place la communication au centre de leur réflexion et développe une approche systémique. Il en établit cinq axiomes et, pour ce dossier thématique, c’est le premier, soit l’impossibilité de ne pas communiquer, qui sert de fil rouge. Bien que souvent privées d’un accès fonctionnel à la parole, les personnes avec un polyhandicap communiquent et interagissent avec leur environnement par des regards, vocalises, mimiques, gestes répétés, etc. Toute une panoplie d’expressions communicatives, singulières, situées et propres à chaque personne dans les conditions spécifiques de sa situation. Les autrices et auteurs consultés pour ce dossier reconnaissent pleinement ces compétences communicationnelles. Pourtant, des zones d’ombres persistent. Le défi de compréhension réside peut-être moins dans l’émission que la réception : comment observer, interpréter et répondre de manière ajustée ? Comment construire une compréhension partagée qui favorise la relation dans des contextes où les codes ne sont pas standardisés ni immédiatement lisibles ?

Avec ce dossier thématique, nous souhaitons ouvrir le champ des possibles, donner à voir différents angles d’approche et offrir un aperçu de la richesse des formes de communication dans l’univers du polyhandicap. L’ensemble des contributions témoignent de cette diversité. Elles abordent la nécessité d’analyser et d’interpréter les comportements communicationnels, présentent les approches pratiques générales pour soutenir la communication, qu’elles soient humaines ou techniques (article de Merlin), et proposent des outils à des fins plus spécifiques, comme En Route pour Apprendre (article de Dind). Certains textes mettent en avant le rôle central joué par la famille (article de Winance et al.) et le personnel des institutions (article de Veyre), ainsi que le croisement de regards des différentes personnes aidantes (Marceaux-Dufour et al.). Ils soulignent l’importance de la formation des équipes éducatives ainsi que celles des enseignantes et enseignants spécialisés (varia de Delorme & Richard), et ouvrent la réflexion sur la nécessité des contacts et interactions entre pairs (article de Simon).

Nous vous invitons à élargir votre regard et à nous rencontrer au-delà des mots. Bonne lecture !

Zoé Lorenzini
Stagiaire SZH/CSPS
stagiaire@csps.ch