DOI: https://doi.org/10.57161/r2026-01-09
In italiano: https://doi.org/10.57161/r2026-01-08
Revue suisse de pédagogie spécialisée, Vol. 16, 01/2026
Xavier a 11 ans. Il est dans sa dernière année de primaire à l’école ordinaire, dans une classe composée de dix-neuf élèves, dont quatre en situation de handicap, ainsi qu’une enseignante régulière et une enseignante spécialisée.
Après le diagnostic de la trisomie 21 de Xavier, en peu de temps, ce qui semblait initialement être une grande inconnue est devenu une nouvelle normalité pour notre famille. Grâce aux témoignages positifs, et en faisant abstraction des prophéties négatives sur son avenir. Nous avons surmonté le découragement face à certaines étapes qui n’arrivaient pas, et nous avons éprouvé des craintes pour sa santé. Nous avons surtout connu la joie indescriptible des objectifs atteints, le plaisir de vivre le moment présent et les opportunités qui naissent des imprévus. Xavier est allé à la crèche, il est devenu un grand frère affectueux et amusant, et nous montrait chaque jour ses nombreuses ressources. C’est donc avec ce regard que nous avons abordé le monde de l’école. Nous savions que l’école avait encore peu d’expérience en matière d’éducation inclusive des enfants avec une trisomie 21 : pour fonctionner, ce parcours devait être basé sur le dialogue et ne pas se transformer en lutte idéologique. Notre volonté de collaborer avec le corps enseignant a peut-être contribué à cela, mais le plus important a été la chance de pouvoir rencontrer des personnes enthousiastes à l’idée d’inclure Xavier, capables de lui transmettre leur confiance et de chercher des solutions face aux difficultés, sans opter pour des voies alternatives. Tout cela était possible grâce à un principe cardinal, fondamental lorsqu’on parle d’inclusion : mesurer séparément le besoin de protection et le besoin d’accompagnement.
Grâce à mon travail au sein de l’association Avventuno, je connais de nombreux projets d’inclusion et je pense qu’un élément décisif pour leur réussite réside dans la question suivante : que se passe-t-il quand les choses ne sont pas faciles ? Les défis font partie du parcours. Les contenus doivent être adaptés, le langage peut complexifier les interactions, et il est parfois nécessaire d’accompagner certains comportements. Ce besoin d’être accompagné ne doit pas nécessairement être substitué à un besoin d’évoluer dans des contextes plus protégés.
Xavier a connu une bonne expérience d’inclusion, non seulement grâce à sa capacité d’adaptation, à son caractère doux ou à ses parents attentifs (et un peu insistants), mais surtout car il a été reconnu dans son statut simple et complexe « d’élève ». Ses forces ont été valorisées, chaque difficulté considérée sans remise en question du sens de cette expérience : pour ses camarades, leurs parents, le corps enseignant, et, bien sûr, pour Xavier. Il a gagné en autonomie, dans les relations et les apprentissages. Il a joué avec ses voisines et voisins dans le parc de l’école, il est allé en cachette acheter des bonbons au kiosque, il a appris à répéter patiemment quand on ne le comprenait pas, à faire confiance aux autres aussi, mais pas à tout le monde. Il a vécu une expérience scolaire à la fois complète et adaptée à lui.
Les prochaines étapes sont encore à définir. Il faudra probablement faire des compromis, revoir l’équilibre entre les priorités. À la gratitude pour ces années, s’ajoute le désir de continuer à construire ensemble les possibilités pour l’avenir, le sien et celui d’autres élèves atteint de trisomie 21.
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Monica Induni-Pianezzi est autrice et formatrice, ainsi que directrice de l’association Avventuno. Cette association accompagne et soutient les personnes ayant une trisomie 21 et leur famille de manière active et concrète dans le canton du Tessin. |