L’inclusion scolaire à l’épreuve de l’organisation

Géraldine Ayer

DOI: https://doi.org/10.57161/r2026-01-00

Revue Suisse de Pédagogie Spécialisée, Vol. 16, 01/2026

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À l’heure actuelle, l’école inclusive est un sujet de débat et de remise en question. Certains partis politiques de droite parlent d’échec et prônent par exemple la réintroduction de classes spéciales pour les élèves à besoins éducatifs particuliers. Or, au-delà des valeurs d’égalité des chances chères à la démocratie dans laquelle nous vivons, ce retour en arrière serait contreproductif pour plusieurs raisons.

Premièrement, l’école du XXe siècle n’est plus adaptée à la réalité actuelle : la population des élèves d’aujourd’hui est plus diversifiée, ce qui requiert une réponse universelle satisfaisant aux divers besoins. Il n’y a pas de norme univoque. Catégoriser certains enfants selon certains critères en vue de les exclure d’un parcours dit « régulier » fait de moins en moins sens ; le fait que la réintroduction des classes spéciales dans le canton de Bâle ne prend pas en est peut-être un symptôme (voir article du Blick). Deuxièmement, la recherche en éducation, qui permet d’affiner nos connaissances, nous réoriente constamment vers du mieux. Or les recherches les plus récentes démontrent que la meilleure solution pour l’ensemble des élèves, leur bienêtre et leur réussite, se trouve du côté de l’inclusion scolaire (voir notamment Prix suisse de l’éducation 2021). Troisièmement, l’école inclusive est encore en chemin. Notre système scolaire séparé en deux silos – l’un responsable de l’enseignement ordinaire, l’autre de l’enseignement spécialisé – est un vestige du passé qui pèse sur l’inclusion. Il est donc prématuré de poser un tel constat d’échec avant même d’y être « arrivé ».

Ce sont ces réflexions qui nous ont animés et poussés à proposer un dossier sur les organisations scolaires inclusives. Car l’inclusion se construit aussi dans nos choix d’organisation. Souhaitant aller de l’avant, nous avons à cœur de partager avec vous, lectrices et lecteurs, les projets allant dans ce sens. Sur le chemin de l’école inclusive, nous commencerons par faire un petit tour en Belgique germanophone (article Engels & Schleihs). Partant d’une organisation très similaire à la Suisse, cette région a réussi le défi de réunir l’enseignement ordinaire et l’enseignement spécialisé sous un même toit. Nous irons ensuite visiter les classes inclusives au Tessin, dont le succès a permis le développement d’une culture inclusive (Zariatti & Geronimi), et entendrons à cette occasion le témoignage d’une maman tessinoise (Induni-Pianezzi). En direction de Fribourg, nous nous arrêterons dans l’établissement scolaire du village de Bossonens qui, partant de ses classes à double degré, a flexibilisé toute son organisation – y compris autour des soutiens pédagogiques – pour répondre aux besoins de l’ensemble de ses élèves (Rody et al.). Une recherche menée dans le canton de Vaud, nous éclairera sur l’organisation de la collaboration professionnelle en soutien à l’activité enseignante comme facteur de réussite de l’école inclusive (Tevaearai et al.). Puis, nous traverserons l’Atlantique pour découvrir comment le Québec organise l’évaluation des apprentissages en contexte inclusif (Lamarche & Ross) et retournerons en Europe terminer notre tour d’horizon par une réflexion sur les conditions organisationnelles, pédagogiques et sociales qui favorisent le pouvoir d’apprendre des élèves dans une perspective d’inclusion scolaire, à savoir les environnements capacitants (Fernagu).

Finalement, pour la première fois, grâce à l’expertise de notre stagiaire Lisa Engels, nous nous réjouissons de pouvoir publier les deux contributions tessinoises également en italien (Zariatti & Geronimi) et (Induni-Pianezzi). Nous espérons que tant nos lectrices et lecteurs francophones qu’italophones éprouveront du plaisir à parcourir ce dossier.

Géraldine Ayer
Collaboratrice scientifique SZH/CSPS
geraldine.ayer@csps.ch